Apprendre en enseignant comment apprendre

Durant mon temps libre, j'adore apprendre de nouvelles choses – via des cours en ligne ou IRL, mais aussi lors de discussions, comme celles que j'ai eues lors des enregistrements des échappées libres. J’ai la conviction que tout peut devenir intéressant, si on prend le temps de se pencher dessus ou d'écouter des personnes passionnées en parler. C’est aussi l’idée du podcast : inciter à découvrir de nouveaux domaines grâce à des témoignages enthousiastes.

J’ai envie de partager ici le projet final d’un cours en ligne que j’ai suivi durant mon temps libre sur la plateforme Coursera : Apprendre à apprendre, par la géniale professeure Barbara Oakley, épaulée par le Docteur Terrence Sejnowski. Je ne peux que vous recommander de suivre ce cours gratuit, où vous trouverez des outils de mémorisation puissants, qui vous aideront à mieux apprendre et réussir lors d’examens, mais aussi à vous motiver pour explorer de nouvelles matières.

C'est grâce au mouvement Altruisme Efficace et au site 80,000hours (80 000 heures étant la durée approximative qu’une personne consacre au travail sur toute sa vie) que j'ai découvert ce MOOC.

L’idée du projet final est d’Apprendre en enseignant aux autres comment apprendre.

Je n'ai pas la prétention de vous enseigner ici comment apprendre, mais plutôt l'envie de partager quelques clés pour vous encourager à apprendre, quelque soit votre âge et vos prédispositions.

Les grandes thématiques que j’aborderai sur cette page sont :

  • Les modes de pensées. Nous en connaissons deux : le mode de pensée concentré, et le mode de pensée diffus. Savoir jongler entre ces modes de pensées permet d’être plus créatif dans sa manière d’aborder les problèmes, et donc de les comprendre plus facilement et plus rapidement.

  • La mémoire, et notamment la mémoire de travail et la mémoire à long-terme. Nous verrons quelles sont les astuces pour mieux retenir le matériel.

  • Les liens entre encodage, habitude et procrastination.

Nota bene :

Cette page est à lire sur un ordinateur.

N'hésitez pas à me signaler les erreurs et coquilles que vos esprits avisés remarqueront !

Wave

Deux modes de pensée :
Soit l'un, soit l'autre,
jamais les deux en même temps

Le mode de pensée concentré

Il s'agit du mode de pensée dans lequel on est quand on essaie de se concentrer au maximum pour retenir une notion ou résoudre un problème. A ce moment-là, on a des œillères, on est concentré à fond.

C'est un peu comme si on essayait de trouver un accessoire dans notre garde-robe en concentrant nos recherches seulement sur un seul tiroir, dans lequel on est persuadé d'avoir rangé cet accessoire - cela peut être une bonne chose, si on a raison, ou une mauvaise chose, si on a tort. Dans ce cas-là, mieux vaut prendre du recul - faire une pause, aller courir...

Le mode de pensée diffus

C'est le mode durant lequel on est quand on regarde par la fenêtre d'un train et que notre esprit vagabonde. Notre pensée est plus ouverte, plus créative, c'est comme si on dézoomait, on prenait de la distance par rapport au problème.

C'est à ce moment-là par exemple qu'on peut se rendre compte qu'une technique qu'on a apprise lors de la pratique d'un sport peut aussi servir lors de la pratique d'un instrument de musique.

Pour reprendre l'analogie de la garde-robe, c'est un peu comme si vous deviez vous trouver une tenue pour un évènement spécial. Vous n'avez aucune idée de ce que vous voulez mettre, donc vous commencez par ouvrir la penderie et les tiroirs, et vous reculez d'un pas pour avoir une vision générale de ce que vous avez, dans l'espoir de trouver de l'inspiration.

C'est ce mode de pensée dans lequel il faudrait être lorsque l'on essaie de comprendre quelque chose de nouveau, car il nous permet de faire des ponts entre ce que l'on connait déjà et ce que l'on essaie d'apprendre. 

Pour aller plus loin.

Dans le cerveau

Le mode de pensée diffus serait plutôt relié à l'hémisphère droit - celui qui nous aide à prendre du recul, et le mode de pensée concentré à l'hémisphère gauche - qui peut parfois s'avérer rigide et rester fixé sur une idée, coûte que coûte. Par exemple, notre hémisphère gauche peut s'accrocher à l'idée que l'accessoire qu'on cherche est forcément dans ce tiroir, même si ça fait 3 fois qu'on regarde , en vain. Ce problème porte le nom d'Einstellung ("attitude" en allemand) : c'est quand une idée fixe nous empêche de réfléchir à une meilleure idée.

Pour éviter ce piège, il peut être utile de réviser avec d'autres personnes qui, en proposant de nouvelles perspectives, peuvent nous aider à approcher un problème autrement.

Le conseil de Daphne Gray-Gant,

coach en écriture

Avant de se lancer dans l'écriture, commencer par faire une carte des idées que l'on souhaite aborder, écrire tout ce qui nous vient par la tête, en mode diffus.

Ensuite, quand on écrit, être en mode diffus permet de laisser l'inspiration venir. Ne surtout pas corriger quand on écrit, car on sort de ce mode de pensée diffus pour entrer dans le mode de pensée concentré, moins créatif mais qui nous sera utile à la relecture pour repérer les erreurs.

Le lien vers son site web.

Marble Surface

La mémoire

Je suis en cours de chinois, et ma professeure me donne une liste de 10 nouveaux mots à retenir pour la prochaine fois.

Là, tout de suite, maintenant, dans ma mémoire de travail (à court-terme), je ne peux en retenir que 4. Heureusement, j'ai la possibilité de déplacer ces informations dans ma mémoire à long-terme, ce grand entrepôt où est rangé tout ce que j'ai appris et vécu : le numéro de téléphone de mes parents, les lettres de l'alphabet, la date de la Révolution Française, les visages de mes amis...

Cependant, le passage de la mémoire de travail à la mémoire à long-terme ne se fait pas tout seul.

Pour aller plus loin.

Dans le cerveau

Dans l'hippocampe (une partie du cerveau importante dans l'apprentissage et la mémorisation), de nouveaux neurones naissent tout au long de la vie - oui, il est possible d'apprendre de nouvelles choses à n'importe quel âge.

Par exemple, si le développement du cortex visuel (et donc la stéréopsie, la perception binoculaire de la profondeur) s'achève à 2 ans, il est toujours possible de travailler dessus plus tard, même si ça prend plus de temps. Ainsi, la neuroscientifique Susan Barry a réussi à corriger son strabisme à 50 ans - elle le raconte dans son ouvrage "Fixing my Glaze ; a scientist's journey into seeing in three dimensions" et sur son site web Stereosue.com.

Au moment d'apprendre quelque chose de nouveau, de nouvelles connexions (les synapses) se forment au niveau des dendrites (les prolongements du corps cellulaire des neurones). Il y a environ un million de milliards de synapses dans le cerveau.

Les nouvelles informations consolidées dans le cerveau, c'est-à-dire qui sont passées de la mémoire de travail à la mémoire à long-terme, ont besoin d'être reconsolidées - révisées régulièrement et solidement apprises. Sans cela, au moment de s'en rappeler (la réactivation), il y a un risque de ne pas être tout à fait juste et de faire des erreurs, d'avoir même de faux-souvenirs. On ne peut jamais complètement éviter ces erreurs, mais on peut les réduire en apprenant efficacement.

Comment aider mon cerveau à faire passer efficacement un élément

de ma mémoire de travail (à court-terme) vers ma mémoire à long-terme ?

Lorsque l'on dort, le cerveau ne se met pas en pause.

Il se débarrasse des toxines métaboliques, renforce la mémorisation des aspects importants de la journée, et se répète les aspects les plus difficiles.

Il travaille à mémoriser les éléments que vous avez appris et vécus dans la journée, et encore plus ceux que vous avez rencontrés avant de dormir.

Pour en savoir plus.

Bien dormir

Le professeur Rusty Cage et le Docteur Terrence Sejnowski, de l'Institut pour les études biologiques de Salk, ont montré grâce à des expériences sur des rats que cela permettait de renforcer la solidité des connexions entre les neurones, dans l'hippocampe.

Lors de leurs expériences, le renforcement pouvait être jusqu'à 2 fois plus grand chez un rat soumis à un environnement riche que chez un rat maintenu en cage dans un environnement plus pauvre.

Pour en savoir plus.

S 'entourer de personnes stimulantes, dans un environnement riche

Le professeur Rusty Cage et le Docteur Terrence Sejnowski, de l'Institut pour les études biologiques de Salk, ont découvert que faire du sport permettait d'accroître le nombre de nouveaux neurones qui naissaient et survivaient.

Cela me fait penser aux philosophes de l'Antiquité Grecque qui reconnaissaient la vertu de l'exercice physique. 

 

Pour en savoir plus.

Faire de l'exercice physique

L'idée est là d'ancrer des éléments dans la mémoire à long-terme. Pour cela, il peut être utile par exemple, de réviser un peu tous les jours pendant 3 jours, et ensuite d'espacer de plus en plus les révisions, pour consolider l'apprentissage. Une fois que vous avez les éléments bien en tête, attaquez-vous à plus difficile : ne restez pas à réviser ce qui est désormais facile pour vous.

La répétition espacée

Si vous savez qu'un problème vous est difficile, concentrez-vous dessus pour essayer de bien le cerner, ne laissez pas tomber.

Cette technique est importante pour éviter l'illusion de compétence, une illusion que l'on maitrise le sujet alors qu'on ne maitrise que la partie la plus facile.

La pratique délibérée

C'est s'exercer en faisant des allers et retours entre des problèmes qui requièrent différentes techniques de résolution. Cela n'est pas évident mais vous permettra d'être plus flexible et de vraiment maitriser le sujet.

Par exemple, lors de l'apprentissage d'une langue, jonglez entre les exercices de compréhension orale, compréhension écrite, expression orale, expression écrite.

Pour en savoir plus.

L 'entrelacement

Elle est puissante grâce à nos ancêtres chasseur-cueilleurs qui en avaient bien besoin ! Il y a par exemple la technique du palais de la mémoire. L'idée est d'associer la notion que l'on veut apprendre, qu'elle soit abstraite, difficile ou autre, à un objet ou une pièce d'un lieu qui nous est familier. 

Un ami, pour se rappeler du ton associé à un sinogramme, a relié chaque ton à un lieu précis. Ainsi, quand il apprend un nouveau sinogramme, il l'associe à un lieu précis, pour avoir plus de facilité à retenir le ton, notion difficile à retenir.

Mettre à profit notre mémoire visuelle et spatiale

Privilégiez les révisions plus courtes mais régulières, plutôt qu'une grosse session révision dont vous ne retiendrez pas grand chose.

Plutôt que de relire le matériel, détournez vos yeux et essayez d'expliquer ce que vous venez d'étudier, avec vos mots, comme si vous parliez à quelqu'un.

Le rappel

Créer des analogies ou métaphores aide à mieux se rappeler du matériel. Le plus créatif c'est, le plus facile à retenir !

 

Par exemple, pour évaluer le fait qu'un vin soit propice au vieillissement ou pas, Yann Rousselin (fondateur de l'école de dégustation Le COAM) conseille d'utiliser l'acronyme ATAC (Arômes, Tanins, Acidité, Corps). 

S 'aider

de moyens mnémotechniques

Si vous avez du mal à résoudre un problème, faites une pause. Vous pensez que cette pause vous fait perdre du temps, mais en réalité votre cerveau "mouline" en arrière-plan et cette pause vous permettra de poser un regard neuf sur le problème.

Pour en savoir plus

Le rappel en est un, mais il y en a beaucoup d'autres. Par exemple faire des annales, s'entraîner à faire les exercices le plus vite possible...

Si vous faites des erreurs pendant vos mini-tests, donc lors des révisions, tant mieux : vous ne les referez pas lors de l'examen final.

Pour en savoir plus.

Le mini-testing

Attention à ne pas trop surligner.

Votre cerveau risquerait de croire qu'il a retenu le matériel alors que ce n'est que de la relecture. 

L'encodage

"L'encodage est la capacité mentale qui nous permet de relier entre eux des éléments d'information par le biais du sens, en formant des PIECE (Paquets d'Informations ou Ensemble Compacts Encodés).

Chaque PIECE correspond à un réseau de neurones habitués à réagir ensemble, ce qui permet d'accéder à une pensée ou d'exécuter une action avec aisance et efficacité."

Par exemple, je veux mettre mes chaussures. Le PIECE lié au fait de se chausser est tellement bien ancré dans mon cerveau que, sans réfléchir, je vais m'assoir, mettre mes 2 pieds dans mes chaussures, et faire mes lacets. Grâce à la pratique, l'apprentissage initial de faire ses lacets est devenu un automatisme.

Un peu comme on range les fichiers dans des dossiers sur notre disque dur, notre cerveau regroupe les informations par PIECE.

Comment encoder une information, autrement dit former un PIECE ?

1) Se mettre en mode de pensée concentré et essayer de comprendre l'idée générale de ce que l'on souhaite apprendre.

Si l'on veut apprendre à jouer une nouvelle chanson à la guitare, cela peut être utile de commencer par l'écouter en entier. 

Si on veut commencer un nouveau chapitre d'un livre de physique, cela peut aider de feuilleter le chapitre pour avoir une idée des étapes et des notions que l'on va devoir apprendre.

2) Apprendre par petits bouts, petit PIECE par petit PIECE, puis les assembler.

Par exemple, commencer par apprendre l'introduction de la chanson, puis passer au premier couplet, ensuite au refrain, avant de les assembler et de jouer la chanson tout entière.

3) Pratiquer, pratiquer, pratiquer.

L'idée est qu'à fin, vous maitrisiez tellement bien le problème que vous savez comment et à quel moment utiliser (ou ne pas utiliser) le PIECE.

Par exemple, vous pouvez maintenant improviser un morceau sur la même tonalité que la chanson.

En quoi est-ce utile de comprendre et maitriser l'encodage ?

Cela peut aider à comprendre un problème compliqué : on prend le temps de former un premier PIECE, puis un deuxième PIECE qui sera plus facile à encoder, plus un troisième qui sera encore plus facile, etc. C'est un cercle vertueux !

Cela permet aussi la transférabilité : en faisant le rapprochement entre un PIECE d'un domaine et un PIECE d'un autre domaine, on peut en saisir l'idée plus facilement, et trouver un moyen différent - plus efficace et créatif pour résoudre un problème.

Quand un PIECE est ancré dans la mémoire à long-terme, il devient une habitude. Cette chanson que vous avez apprise, vous pouvez la jouer sans réfléchir, comme un automate. L'habitude permet d'économiser de l'énergie, de se libérer l'esprit. Nous ne sommes plus concentrés sur la résolution du problème, nous le maitrisons tellement bien que nous n'avons presque plus à y réfléchir. Nous avons tellement pratiqué que s'en est devenu une habitude.

Voici la décomposition d'une habitude :

1) Le signal. Par exemple, j'entends à la radio une chanson que je connais.

2) La routine. Je prends ma guitare et commence à jouer le morceau, sans même y réfléchir, comme un automate (ou un zombie comme dit Barbara Oakley).

3) La récompense. Je sécrète de la dopamine, l'hormone de la récompense imprévue ou future, car la musique est belle, je suis content.e et fier.e de pouvoir la jouer.

4) La conviction. Je suis capable de jouer ce morceau.

Malheureusement, il existe aussi de mauvaises habitudes, par exemple celle de lire les messages sur son téléphone portable lors d'une session de révision (à ce sujet, voir la série "Dopamine", produite par Arte et Les Bons Clients) :

1) Le signal. Mon téléphone portable émet une petite sonnerie.

2) La routine. Je prends et je déverrouille mon téléphone.

3) La récompense. J'ai eu un "like" à une photo Instagram. Mon cerveau sécrète de la dopamine. Je crois un instant avoir du plaisir mais il n'est que d'une très courte durée, surtout que je scroll mon écran et que je vois qu'un camarade de classe à 100 fois plus de likes que moi. 

4) La conviction. De toute manière ce que je veux réviser est beaucoup trop compliqué, je vais faire une pause.

Une mauvaise habitude que l'on a tous un peu est la procrastination.

En fait, quand on s'apprête à commencer une session d'étude, on passe tous par une phase plus ou moins courte de pensée négative. On n'a pas vraiment envie de la commencer, cette session. Surtout quand on sait qu'il y a 300 pages à assimiler pour l'examen ! Donc on va trouver des distractions, des stratagèmes pour ne pas s'y mettre tout de suite. On va par exemple regarder ses notifications sur les réseaux sociaux.

Heureusement, il existe des moyens de contrer la procrastination :

- le Pomodoro. Au lieu de se lancer dans une session de 3H - que l'on repousse depuis plusieurs jours, il est plus efficace de se lancer à fond dans des sessions d'étude plus courtes - environ 25 minutes. On met un minuteur et on se lance. A la fin de chaque session, faire une petite pause pour s'octroyer une récompense - boire un café, s'aérer quelques minutes, méditer, s'étirer...

- s'installer dans un endroit calme et se couper de toutes distractions - notamment mettre son téléphone sur silencieux pour éviter d'être distrait.e en plein Pomodoro.

- se concentrer sur cette courte session de révision, sans penser à l'examen qui arrive bientôt. Autrement dit, se focaliser sur le processus / le voyage, et non le produit / la destination. Cela permet d'éviter de se désespérer en voyant la totalité de la charge de travail, ou d'éviter de procrastiner en se disant par exemple que l'examen n'aura lieu que dans 6 mois.

- établir des to-do listes hebdomadaires et journalières qui soient réalistes. Cela vous permettra d'ailleurs d'éviter de "polluer" votre mémoire de travail avec cette liste de choses à faire.

- commencer la journée par ce que vous avez le moins envie de faire, pour vous en débarrasser le plus vite possible et éviter ce poids sur vos épaules. Barbara Oakley utilise l'expression "eat your frogs first" ("mangez vos grenouilles en premier").

Pour aller plus loin :

- le site en anglais www.brainfacts.org

- le cours Apprendre à apprendre sur Coursera

- l'ouvrage "On ne nait pas brillant, on le devient", par Barbara Oakley, paru aux éditions First en 2019

- le site web de la professeure Barbara Oakley

- le site de Scott H. Young, un véritable challengeur de l'apprentissage

- la série documentaire "Le Cerveau, en bref", disponible sur Netflix et produite par Vox Media.

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