Je produis un podcast qui s'appelle Il faut qu'on parle. C'est un podcast pour bien réussir son échec amoureux. Finalement, je suis la somme de mes échecs amoureux et j'ai l'impression qu'on est tellement perdus sur ces questions là de relations amoureuses - voilà, je pense que c'est aussi pour ça que j'ai fait le podcast, parce que ça pouvait aussi aider d'autres gens, et pas que moi.

 

J'en ai marre qu'on parle que des choses qui réussissent. Tu sais, tu entends beaucoup de gens qui disent "on s'est rencontrés sur Tinder, ça fait trois ans qu'on est ensemble." Il y a beaucoup de gens qui se rencontrent sur Tinder et ça ne va pas plus loin que le premier rendez-vous. Moi, j'ai vécu des histoires qui se sont terminées. J'avais un peu l'impression d'être toute seule parce que mes amies, elles, sont soit aussi célibataires, soit en couple depuis vraiment très longtemps. J'avais envie d'avoir l'opinion d'autres personnes sur les relations amoureuses, sur l'amour, de voir comment ça se passait pour les autres, si c'était moi qui faisait les choses n'importe comment. Parce que quand tu accumules des échecs, tu te dis que le problème vient peut-être de toi. Mais oui, j'ai pris conscience de plein de trucs en écoutant les autres parce que même si leurs histoires, elles n'ont rien à voir avec des trucs que j'ai pu vivre, il y a toujours un élément qui fait écho.

 

Forcément, on remet en question. J'espère que les gens qui vivent des échecs amoureux se remettent en question pour pas les reproduire. Des schémas, parce que c'est ça.

 

En fait, tu te cales dans un modèle et essayes de le faire fonctionner et du coup, tu reproduis, tu reproduis. Mais si tu fais tout le temps les mêmes erreurs, tu ne peux pas t'étonner ensuite que ça ne marche pas. Il faut que tu changes pour pouvoir changer le résultat. Selon comment tu as été éduqué, selon les modèles que tu a eus, selon ce que tu as lu, que tu as vu. Ça change complètement la façon dont tu envisages les relations.

 

C'est toute cette histoire d'espoirs et d'illusions que tu te fais quand tu commences une relation, tu vois. Tous les Disney, tous les trucs que tu vois sur Internet, genre "my high expectation in men come from Disney". Ben oui, parce qu'on a été servi de prince charmant, mais au final, les princes charmants dans Disney, ils ne parlent pas beaucoup, ils sont juste beaux et ils viennent sauver la princesse quoi, c'est tout. Heureusement, il y a Flynn Rider (c'est dans Raiponce). Je trouve qu'on manque peut-être parfois de bon sens quand il s'agit de relations amoureuses parce que justement, on est dans cette optique de romantisme et tout ça, quoi. Au départ, le romantisme, c'était juste des mecs qui mettaient la main dans leur veste et qui regardaient au lointain. Et puis c'est devenu un courant où tu fais passer la passion avant la réflexion. Alors que la passion, c'est juste une toute petite partie de l'amour. Et c'est pas ça le plus important. Parce que la passion, ça passe. Je n'arrête pas de le répéter à tout le monde : c'est le romantisme, la lie des histoires d'amour.

 

Parce que tu veux des grands gestes d'amour, tu veux que ton mec te rattrape sous la pluie, tu veux qu'il arrive à comprendre sans que jamais vous ne vous parliez. Mais la vie, c'est pas comme ça.

 

En fait, j'ai l'impression qu'on met sur un piédestal les relations amoureuses par rapport à d'autres relations, genre les relations familiales ou les relations amicales, en disant que c'est un différent type d'amour. Mais je pense qu'on ne devrait pas faire une si grande différence. Mais oui, c'est les gens qui disent, au premier rendez vous, "bah non, je ne l'ai pas, il n'y a pas eu de truc." Mais quand tu as rencontré ton meilleur pote le premier jour, tu t'es pas dit "ah bah non, j'ai pas très envie d'être pote avec lui, il n'y a pas de truc". En fait, j'ai l'impression que l'on veut que tout aille très vite. Je ne sais pas trop à quoi c'est dû. Je sais que moi aussi j'ai tendance à m'emballer de ouf, mais je pense que c'est dû à... C'est moi-même qui me met la pression parce que je suis une femme, je vais avoir 30 ans l'année prochaine, je n'ai pas d'enfant, et tes parents et grands-parents qui sont derrière toi et qui te disent "quand est-ce qu'on a un petit?" "Mais je sais pas, Mamie, ok ?!"

 

Et tu dis ben voilà, il faut vite que je trouve quelqu'un. Il faut que ce soit la bonne personne et en fait, je ne sais pas si ça existe, la bonne personne. Est-ce qu'il pourrait pas y avoir plusieurs bonnes personnes en fonction des périodes de ta vie, en fonction de ce que tu as envie de faire dans le futur. On est des êtres humains et on change, on évolue. La personne que tu as rencontrée il y a trois ans, dans cinq ans, ce sera plus la même personne et du coup, ben, tu peux évoluer ensemble, mais tu peux aussi rencontrer d'autres personnes. Et ton partenaire amoureux, ça n'a pas besoin d'être tout pour toi : ça n'a pas besoin d'être ton meilleur ami, ton psychologue, ton coach. Ça peut juste être ton partenaire d'intimité. Tu vois? Je pense qu'on essaye de tout faire rentrer dans une seule personne et c'est beaucoup de pression qu'on se met à nous-mêmes et aux autres. C'est pour ça qu'on a besoin d'éducation sentimentale. Parce qu'on est persuadé de certains trucs : on est persuadé que si la personne, elle nous aime vraiment, alors elle nous comprendra même sans qu'on parle. On est persuadé qu'on saura dès les premiers instants que cette personne, c'est celle qui nous faut.

 

Mais enfin, il faut essayer de déconstruire tout ça, quoi. Et de reconstruire ensemble la relation qui fonctionne pour tous les deux. Récemment, j'ai eu des relations sexuelles avec un jeune homme et il s'est passé un truc chiant où il a dû partir à cause de potes, je ne sais pas quoi. Et il m'a envoyé un message, le lendemain, en disant "je suppose que t'as plus envie de me voir". Déjà, je ne vois pas pourquoi tu supposerais ça et ensuite, pose la question, plutôt que de supposer, pause tout court ! Est ce que t'as encore envie de me voir? Oui. Après, du coup, heureusement, il l'a verbalisé, mais imagine : tu peux le garder pour toi. Ah bah, je suppose qu'il a plus envie de me voir. Bon bah, ça sert à rien que je renvoie un message.

 

Les gens sont tournés vers eux-mêmes en fait. Finalement, on a toujours peur du regard des autres, mais tout le monde se regarde, même dans une relation. T'as l'impression que la personne, elle pense à ça et ça sur toi et en fait, elle est en train de penser ça et ça sur elle-même. Et du coup, il faut discuter et arrêter de faire des suppositions sur ce que peut bien penser l'autre de toi. Donc, oui, une éducation sentimentale pour tous. Pour déconstruire des trucs et en construire, ce serait très, très bien. Et il faut essayer de plus rationaliser aussi. On a tendance à dire que non, l'amour, c'est les sentiments et c'est le contraire de la rationalisation. Et maintenant, ça n'empêche pas de réfléchir, quoi?

 

Au départ, je n'avais pas l'impression que c'était une passion. J'avais plus une espèce de curiosité pour les relations amoureuses et tout ça parce que justement, j'étais en Angleterre à cette époque là. Et les anglais ont, comme les américains, cette culture du dating qui nous est complètement étrangère à nous, pauvres français. Et du coup, je comprenais pas, je comprenais pas comment ça fonctionnait. Je ne comprenais pas comment tu pouvais voir quelqu'un depuis plusieurs semaines, mais pas être ensemble. Tu vois?

 

J'ai commencé à lire sur le sujet et ça m'a fait réfléchir sur mes relations précédentes et à partir de là, ça a été un effet boule de neige et j'ai appris énormément de choses. Je me suis dit que ce serait trop bête que soit que pour moi, et petit à petit, le podcast s'est dessiné comme ça et je suis hyper contente de ce que c'est devenu. Et dans les premiers épisodes que j'ai enregistré, tout de suite les gens que j'enregistrais ont commencé à me dire "ça m'a fait du bien de te parler".

 

Et c'est à ce moment là que j'ai vu ce côté thérapeutique. Pour ce qui est raconté, pas que pour moi, de par le fait de le raconter du début à la fin et de se souvenir à nouveau de tous les petits détails. Ils se disent "ah oui, effectivement, j'y avais pas songé comme ça. Mais oui, il y avait un problème". Mais oui, j'ai pris conscience de plein de trucs en écoutant les autres parce que même si leurs histoires, elles ont rien à voir avec des trucs que j'ai pu vivre, il y a toujours un élément qui fait écho.

 

C'est plus facile de venir à une réalisation sur ce que tu fais ou ce que tu es quand tu écoutes d'autres gens en parler, plutôt que quand on te dit "eh meuf, fais gaffe, t'es vraiment jalouse, c'est insupportable". Et oui, je pense que c'est vraiment quand j'ai commencé les premiers enregistrements que je me suis dit : ouah, ça, c'est... L'amour, c'est un vrai sujet, c'est passionnant, et peu importe le nombre de personnes que je vais rencontrer et qui vont me raconter leur histoire, ce sera toujours quelque chose de différent. C'est fou. Que ce soit aussi vaste, que ce soit aussi personnel et en même temps, aussi universel. Tu vois, je pense que c'est pour ça que j'ai envie de continuer.

 

Je plaisante souvent en disant que quand je trouverai un mec, ce sera la fin d'Il faut qu'on parle, mais je pense même pas en fait. Je pense que peut-être un jour, ça me soûlera de produire ce podcast. Mais je trouverai toujours des moyens de parler de l'amour sous une forme ou sous une autre.

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